Quand le mental fait mal

Bon, grosso modo, ça commence à se savoir : une endométriose, c’est pas la fête. Il y a la douleur, les complications physiques et souvent le mépris du corps médical. Et puis, il y a les questions sur la féminité, les problèmes de couple et parfois l’infertilité. Et enfin, il y a la déprime, l’incompréhension des proches et parfois l’isolement. Alors si on parlait des gros mots ? Tous ces maux dont on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom…

L’angoisse est irrationnelle

Les gros mots tels que crises d’angoisse, attaques de panique ou dépression. Vous avez remarqué comme ils font peur ? Ce qui semble assez normal en fait : la nature même de l’anxiété est bien de faire peur… C’est d’ailleurs souvent comme ça que tout commence. Un symptôme quelconque se déclenche : une vague de chaleur, une légère augmentation cardiaque, une envie d’uriner ou un trouble gastrique. Et tout d’un coup, une phrase devient obsessionnelle « et si… ? » Et si je me faisais pipi dessus ? Ou pire et si je me faisais dessus tout court ? Et si je m’évanouissais ? Et si je trempais tous mes vêtements à force de transpirer ? Et si mon coeur explosait ? La liste est sans fin. Bien sûr que si on est rationnel, on peut se dire sereinement « ça n’a aucune chance d’arriver » ou la variante philosophe « et quand bien même ça arrive, c’est la vie ». Le problème c’est qu’une crise d’angoisse n’est PAS rationnelle. Elle n’a pas d’explication. C’est d’ailleurs une chose qui rend fou ; lorsque les proches (évidemment bien attentionnés) s’évertuent à demander : « Mais on était bien, tranquilles, pourquoi tu as fait une crise ? » MAIS JE N’EN SAIS RIEN !

Alors pour éviter ce genre de question, on n’en parle plus. Plus besoin de devoir répéter : « Non, ça ne va pas mieux. Et non, je ne sais pas pourquoi. » Déjà parce que psychologiquement, c’est très dur d’admettre qu’on va (toujours/encore) mal. Ça donne une terrible image de soi. Sans parler de l’image physique lorsque le ventre se gonfle de stress et qu’on ne rentre plus dans aucune fringue… Bref on s’en veut. On se dit qu’on ne fait pas assez d’efforts et qu’on est pas assez forts. On se dit aussi qu’on a pourtant fait tout comme il fallait : la méditation, le yoga, le régime alimentaire, les cures de magnesium, le sport, la thérapie, etc. Mais rien ne marche.

La volonté ne suffit pas

Anxiété Cecile DormeauAlors vient cette phase où, désespéré, on doit admettre que notre état mental ne dépend pas de notre bonne volonté. Que ce n’est pas de notre fait, encore moins de notre faute. Et cet aveu est souvent douloureux. Surtout quand, pendant des années, on s’est battu pour avoir un diagnostic, battu pour avoir un docteur à l’écoute, battu pour avoir un traitement qui marche et puis battu pour avoir une vie tout bêtement. On est des (endo)warriors, non ? Alors, admettre que le combat est vain, c’est pas hyper instinctif.

Certains continueront à lutter pour obtenir des réponses. Comprendre pourquoi ça ne va pas. Découvrir ce qui cloche. Et peut-être découvriront-ils comme moi que la « propension à la dépression » est inscrite dans l’ADN de tous ceux qui ne fabriquent naturellement pas assez de sérotonine  (*). Ce qui est assez flippant parce que tout à coup, on devient conditionné à être dépressif. En fait, c’est faux. Car il y a le mot « propension » mais avec le choc de la nouvelle, on l’oublie. Du moins, au début.

Bref avec tout ça, on a tendance à s’isoler. Déjà parce qu’on en a marre d’aller mal et de faire des efforts pour paraître « normale ». Marre de rentrer épuisé d’un apéro où il a fallu sourire, mentir et garder un contrôle absolu sur soi. Alors oui, c’est vrai, on pourrait se confier pour arrêter de mentir. Mais là aussi, on en a marre de répéter « je me sens mal ; non ce n’est pas une crise physique, pas cette fois ; je me sens juste mal, triste, seul ; non je ne sais pas pourquoi » avant de subir une litanie de conseils inutiles ou pire un regard de pitié. D’accord, normalement si c’est quelqu’un qui nous aime, ce regard est de la compassion et de l’empathie mais quand on est à bout, on est souvent moins lucide.

Accepter, pleurer, parler

Alors qu’est-ce qu’on fait une fois qu’on en est là ? Chacun fait comme il peut. Pour moi, déjà, il faut accepter. Logique, hein? Mais c’est un processus long qu’on doit laisser se dérouler. Ensuite, en général, il faut pleurer. Lâcher prise, libérer, faire son deuil. Là aussi, ça prend du temps. Surtout quand on aime tout contrôler. Il faut lutter contre soi-même et accepter de plonger dans ce tourbillon d’émotions négatives en espérant qu’à la fin, on en soit libéré. Et puis, il faut parler évidemment. Parce qu’il y a des choses qui ne deviennent vraies qu’une fois dites à voix haute. On peut choisir un membre de sa famille ou un ami mais j’aurais tendance à préférer un thérapeute ou un doc (un bon, évidemment)… Parce que son regard est neutre et que, face à lui, on n’a pas besoin de se cacher. On est son boulot, après tout, donc on peut bien pleurer, s’énerver et dire la vérité. Bien plus qu’avec quelqu’un qui nous aime et qui sera plein d’empathie… Et finalement, quand ce professionnel, qui nous voit tel qu’on est, nous dit qu’il entend notre souffrance et que c’est un fait : on va mal et ça doit s’arrêter… C’est, pour moi, une reconnaissance de mon état qui a beaucoup plus d’impact que l’approbation de mes proches (même si je les aime et que j’ai besoin d’eux et de leur soutien, ne mélangeons pas tout…) Et enfin, si besoin est, il faut avaler des cachets. Sans avoir honte, sans se juger, sans se diminuer mais au contraire, avec bienveillance. On en revient toujours là, hein ?

* Ce test appelé Emogen se fait en Belgique au laboratoire Réunis, il n’est évidemment pas remboursé et il doit être prescrit par un médecin.

2 commentaires sur “Quand le mental fait mal

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  1. Le grand huit émotionnel mensuel du aux fluctuations hormonales est une très grande souffrance. Ce symptôme n’est jamais pris en compte par les médecins. Et bizarrement, réguler les hormones tempère les humeurs. Mais que font les médecins ??

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